Dérives de bord de mer
جاي من جنب البحر

Je n’ai qu’une chose à dire. C’est qu’il y a des choses bizarres qui se passent dans ma tête. Des pensées comme une soupe chaude. Et c’est à la fois Amina la fille de 12 ans qui vient tous les matins à la colonie de vacances

ا يمكن لي أن إلا أقول هناك أشياء غريبة تروج في خاطري أفكار مثل الحساء الساخن وهي أمينة الفتاة البالغة من العمر 12 سنة التي تأتي كل صباح إلى المخيم الصيفي ونشعر بانتشاء رائع عندما يسمح لنا بالسباحة أو عندما نتمكن من الوصول قبل الآخرين إلى الماء لأن سفيان يصل قبل الجميع دائمًا

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Quand une baleine se retrouva dans
une piscine rose, la mer à côté

Francesca Masoero

حينما يصير الحوت في مسبح وردي، بجانب البحر

فرانشيسكا ماسويرو

Quand une baleine se retrouva dans
une piscine rose, la mer à côté
Francesca Masoero

Initié par Amélie Giacomini et Abdellah M. Hassak pendant l’été 2019, Dérives de bord de mer est un projet qui nous parle de la rencontre entre des enfants et des artistes au sein d’un espace contesté : celui d’une plage de Casablanca – champ de forces à directions multiples – ponctué par l’intervention de différents acteurs, agendas et démarches. Dérives de bord de mer nous permet de parcourir un cheminement complexe fait de détournements, d’échecs et d’éclats, et surtout de nombreuses dérives. Des dérives d’approches artistiques qui s’appuient sur des esthétiques relationnelles, sur des démarches ouvertes et collaboratives contraintes par l’espace-temps d’une résidence d’été. Si à l’origine l’intention du projet était de dériver avec les usagers de la plage – ses arpenteur – pour cerner leurs récits de mémoire, les maillots fins de la bureaucratie étatique par leurs obligations d’autorisations insaisissables ont initié le déplacement du projet. C’est au bord d’une colonie de vacances que l’action a été recadrée avec de nouveaux arpenteurs : les enfants inscrits devenus usagés temporaires de cette zone littorale. Face à cette nouvelle plage la proposition artistique se repense. Elle prend alors comme point de départ la mise en forme de l’imaginaire des enfants à travers leurs rêves et désirs. Si le cadre de la colonie est rigide, les éclaboussures et les averses des ondes alimentent les énergies. Chaque semaine les groupes d’enfants se succèdent. Alors pour tisser du lien on invente un protocole de mise en commun des productions qui crée une écologie de rêves partagés et de rendus formels. Ainsi, une baleine échouée incarnée par un cerf-volant trouve refuge dans une piscine rose installée sur la plage.

Une série de propositions se manifestent : on donne aux enfants un espace d’écoute, des outils d’expression, un terrain de jeu et des glaces à volonté. On propose de s’allier avec eux, de s’aligner à eux en essayant de détourner ou au moins de dépasser le cadre institutionnel établi. Mais ce don est-il entendue ? Est-il accepté ?

« Il y a une seule chose qui m’énerve maintenant. C’est qu’ils nous réquisitionnent, pour des choses comme leur dire à quoi on rêve, et le dessiner. Et pourquoi je ferais ça moi, raconter à quoi je rêve ? Je rêve de choses trop bizarres pour eux. (…) Tu sais ce qu’ils nous demandent ? Ils nous demandent qu’est ce qu’on voudrait changer dans cette plage. Ils ne comprennent pas. Est ce qu’ils savent que c’est la première fois que j’en vois une ? Je fais comme si j’avais l’habitude parce que sinon c’est la honte. »

Comme nous le rappelle Marcel Mauss dans son essaie The Gift : il n’y a pas de don gratuit. Chaque offrande – l’invitation à mener un atelier tout comme l’offre d’un appareil photo jetable – déclenche une situation de debt et instigue un processus d’échanges et de négociations multidirectionnels. En offrant un cadeau, qu’est ce qu’on est en train de demander et comment ? Est ce que le don peut être refusé ? Et si non, qu’est ce qu’on reçoit en retour et qu’est ce que ceci nous demande à notre tour ?

En suivant les dérives d’un don posé dans le monde on peut arriver à retracer les structures sociales et les dynamiques de pouvoir qui l’entoure et le contourne. Amélie Giacomini et Abdellah Hassak le savent. Ils nous le montrent dans leur navigation complexe à travers le système de relations à la fois divergentes et convergentes faits d’acteurs, d’intérêts, d’obligations et d’attentes qui interagissent dans le projet. Ils ne cachent pas non plus la position de pouvoir relatif qu’ils occupent vis à vis des enfants comme le montre l’invitation faite à la sociologue Kaoutar Chaqchaq et le choix de rendre visible les récits fragmentés du vécu de certains participants qu’elle propose.

Plutôt que de nier, les artistes questionnent et – chose peut être trop rare dans un certain domaine de l’art – se questionnent. Leur démarche me porte vers ce que la philosophe Marina Garces appelle « honesty with the real ». Depuis plusieurs décennies, l’art contemporain a retrouvé dans le « réel » son champ de réflexion et d’action. Cet art « politisé » se propose à la fois de représenter, d’engager ou d’agencer les « vrais » conditions et les « vrais » récits qui peuplent un terrain donné. Et pourtant, Garces remarque que souvent cet art ne fait que reproduire des formes de banalité, qui alimentent surtout de nouveaux espaces d’autoconsommation et de reconnaissance pour les artistes ou pour le champs de l’art en apportant peu ou rien aux sujets concernés. Être honnête avec le réel, par contre, est une démarche qui se situe dans une théologie de la libération qui ne prédique pas de parler des victimes mais de se relier à eux, afin d’inclure leur positions et leur cris en essayant de changer à la racine notre mode de compréhension vis à vis d’eux. Ceci demande d’être prêt à écouter et à se faire affecter par la façon dont les autres existent dans le monde. C’est à travers cette honnêteté qu’on peut construire ce « bon compromis » que Paul Ricœur situe à la racine du bien commun. Loin d’une compromission, ce compromis reflète l’émergence d’un terrain nouveau et partagé de valeurs, de visions, de compréhensions et de langages qui nait de la rencontre entre sujets distincts. Il se tisse à travers des gestes d’enracinement dans et pour un contexte : pour creuser son sol et peut être pour en faire une piscine rose ou pour en y jeter des graines qu’au fil du temps donneront forme à un germe. Il s’agit d’un travail qui demande du temps : un temps d’écoute, un temps de rencontre, un temps aussi de conflit, d’échec et de dérive pour former des alliances, les tester, les renégocier vague après vague.

Dérives au bord de mer nous raconte l’histoire d’une rencontre, on disait, ou plutôt peut être d’une première vague chevauchée ensemble. Une fois cette vague épuisée, les glaces consommés et la fête terminée comme nous raconte un des enfants interviewé par Kaoutar Chaqchaq, le retour de chacun n’est pas aussi fluide que l’eau.

Peut-être qu’un groupe de petites baleines se retrouvera à nouveau échoué sur le sable après une dérive pilotée et être accompagner à retrouver la mer. Pour cela, il nous faudra une autre offrande, une autre vague et la volonté encore une fois de se laisser porter pour donner à la dérive la chance de tracer son chemin.

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حينما يصير الحوت في مسبح وردي، بجانب البحر
فرانشيسكا ماسويرو

بمبادرة من أميلي جياكوميني وعبد الله هصاك في صيف 2019، انطلق مشروع جاي من جنب البحر والذي يُخبرنا عن اللقاء بين مجموعة من الأطفال ومجموعة أخرى من الفنانين في مكان متنازع عليه شاطئ الدار البيضاء، مجال القوى ذات الاتجاهات المتعددة، تتداخل فيه مختلف الجهات الفاعلة، وجداول أعمال و أنهاج مختلفة. كما يسمح لنا بالسير في مسار معقد مصنوع من تحويلات وفشل وشظايا، وقبل كل شيء العديد من الانجرافات. انحرافات النهج الفني التي يعتمد على جماليات العلائقية والتعاون، ولو كانت مقيدة بفضاء المكان الصيفي. إذا كان المشروع في الأصل هو الانجراف مع الناس المقيمين بالشاطئ للتعرف على قصصهم وذاكرتهم، من خلال التزامات التخويل المجهولة، فلقد شرعت البيروقراطية في تهجير موقع المشروع. ففي مخيم صيفي أعيد المشروع مع الأطفال المسجلين والذين أصبحوا مستخدمين مؤقتين لهذه المنطقة الساحلية. في مواجهة هذا الشاطئ الجديد، يتم إعادة النظر في الاقتراح الفني ويأخذ كنقطة انطلاق تشكيل خيال هؤلاء الأطفال من خلال أحلامهم ورغباتهم. وإذا كان هذا الإطار شديدًا، وربما عسكريًا شيئا ما، فإن البقع والأمطار الغزيرة للأمواج تزود الطاقات. ففي كل أسبوع توالت مجموعات من الأطفال. من أجل صياغة الروابط، الشيء الذي مكننا من ابتكار بروتوكول لجمع وترتيب تلك المنتوجات، مما خلق بيئة من الأحلام المشتركة والعروض الرسمية. وهكذا، تجد حوتًا على الشط يتجسد في طائرة ورقية والتي تجذ ملاذا في المسبح الوردي على الشاطئ.

وتتقاطر الهدايا للأطفال مساحة للاستماع وأدوات التعبير وملعب ومثلجات. ورغبتنا التحالف معهم في محاولة لتجاوز الإطار المؤسساتي. فهل استمعوا لنا؟ وهل تم تقبل ذلك؟

الشيء الوحيد الذي يزعجني الان، وهو أنهم يسيطرون علينا، بأسئلتهم.. يسألونا عن أحلامنا، ويطُلبوننا رسمها.. ولماذا أفعل ذلك، أخبرهم بما أحلم، أحلم بأشياء غريبة للغاية بالنسبة لهم، وهذا يدل على أنهم غير مستعدين، ويبدو أنهم لا يمزحون.. هل تعرف ماذا يطلبون منا. يسألوننا ما الذي نريد تغييره في هذا الشاطئ. انهم لا يفهمون. هل يعرفون انها اول مرة لي في الشاطئ؟ أنا أدعي أنني معتاد على ذلك لأنني خجول.

وكما يذكرنا مارسيل موس في مقاله الهدية لا توجد هدية مجانية. كل عرض – دعوة لإجراء ورشة عمل على غرار إهداء كاميرا يمكن التخلص منها – تؤدي إلى وضع ديون وتضع عملية مفاوضات متعددة الاتجاهات. من خلال تقديم هدية، ماذا نطلب وكيف ذلك؟ هل يمكن رفض التبرع؟ فما الذي نتلقاه في المقابل وماذا يطلب منا الآخر بدوره؟ هل نحن مستعدون للاستماع حقا؟

بتتبع انجرافات هدية من الهدايا، يمكننا أن ننجح في استعادة الهياكل الاجتماعية وديناميكيات القوى التي تلفها وتتجاوزها. أميلي جياكوميني وعبد الله هصاك يعرفان ذلك جيدًا. كما يتضح لنا عبر محاولتهم للتنقل في نظام معقد من العلاقات المتباينة والمتقاربة والمكونة من الجهات الفاعلة والمصالح والالتزامات والتوقعات التي تتفاعل في هذا المشروع. كما أنهم لا يخفيان موقف قوتهما النسبية تجاه الأطفال، واتضح ذلك من الدعوة إلى الباحثة الاجتماعية كوثر شاق شاق لإظهار القصص ولو كانت مجزأة فهي تبقى مقروءة عن حياة بعض المشاركين.

فعوض الإنكار، يتساءل الفنانون ويساءلون أنفسهم، وهو شيء نادر في الفن. توجههم يقودني إلى ما تسميه الفيلسوفة مارينا غارسيس الصدق في الواقع، والتي تذكرنا منذ عدة عقود، أن الفن المعاصر وجد في الواقع مجالا للتأمل والحركة.

يقترح هذا الفن المسيس تمثيل أو ترتيب الشروط الحقيقية والقصص الواقعية التي تملأ الحقل. ومع ذلك، تلاحظ غارسيس أن هذا الفن في كثير من الأحيان يستنسخ أشكال التفاهة وحسب، والتي تنمي مساحات جديدة من الاستهلاك قصد الاعتراف بالفنانين أو بفنهم، وهي لا تعتني بالمواضيع المعنية.

ومن جهة أخرى، عندما تكون الأمانة منطبقة مع الواقع فهذا جزء من نظرية التحرير والتي لا تتحدث عن الضحايا بل ترتبط معهم، لإدراج مواقفهم وصراخهم كمحاولة لفهمنا ولتفهمنا لهم. ويتطلب ذلك الاستماع الدقيق والتأثر بالطريقة التي يعيش بها الآخرون.

ومن هذا المنطلق يمكننا أن نجد حلا وسطا والذي يحدده بول ريكور كمحور للصالح العام. بعيدًا عن حل نقاش، يعكس الحل الوسط قيما ورؤى ولغات جديدة والتي تبينت بعد التطرق لمواضيع مختلفة. و إيماءات هذا التجذر تنبثق في سياق معين، وربما تصبر أغواره في مسبح وردي أو ببذور ستتحول يوما ما.

إنها مهمة تتطلب أوقاتا للاستماع واللقاء وللصراع أيضًا، والفشل والانجراف لتشكيل تحالفات واختبارها في شتى تموجاتها.

انجرافات البحر تحكي قصة لقاء أو عن موجة نغوس فيها معًا. وبعد اضمحلال تلك الموجة وتناول المثلجات ينتهي الحفل ويسدل الستار.. وكما قد أحد الأطفال لكوثر شاق شاق، فإن الرجوع للقرية ليس شفافا كالمياه.

v وعندما نجد حياتنا صغيرة على الشاطئ بعد انجرافها في مسبح ذهبي، يمكن لنا إرجاعها إلى البحر.. مما سيجعلنا نحتاج هدية أخرى وموجة أخرى، والرغبة في الرحيل وفي إعطاء فرصة جديدة للانجراف في طريق مختلف.

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Dérives de bords de mer, 2019
Un projet proposé par Amélie Giacomini et Abdellah M. Hassak

Textes : Francesca Masoero et Kaoutar Chaqchaq
Photo : Elodie Sacher
Vidéo : Raja Saddiki
Design et programmation : Jauneau Vallance studio
Caractères typographiques : Appel, Naskh par Montasser Drissi

Artistes intervenants : Hosni Almoukhlis (Écriture), Sanaa Ayoub (cerfs-volants), Amélie Giacomini (récits sonores et cerfs-volants), Mohamed Fariji (réalisation de la piscine), Abdellah M.Hassak (drapeau sonore et récits sonores), Abdelilah Ouhassane (jeu collectif)

Avec le soutien de la Fondation African Culture Fund
En partenariat avec L’Atelier de l’Observatoire

Dérives de bords de mer, 2019
Un projet proposé par Amélie Giacomini et Abdellah M. Hassak

Textes : Francesca Masoero et Kaoutar Chaqchaq
Photo : Elodie Sacher
Vidéo : Raja Saddiki
Design et programmation : Jauneau Vallance
Caractères typographiques : Appel, Naskh par Montasser Drissi

Avec le soutien de la Fondation African Culture Fund, en partenariat avec L’Atelier de l’Observatoire

الانجراف بجانب شاطئ البحر، 2019
مشروع اقترحه اميلي جياكوميني وعبدالله هصاك

النصوص فرانشيسكا ماسويرو و كوثر شقشق
الصور إلودي ساشر
ڤيديو رجاء صديقي
التصميم والبرمجة جونو ڤالانس ستوديو

الفنّانين المتدخلين حسني المخلص الكتابة، سناء أيوب طائرة ورقية، محمد فرجي تصميم وإنتاج المسبح، عبد الاله اوحسان تصميم لعبة جماعية، أميلي جياكوميني قصص صوتية وطائرة ورقية، عبد الله هصاك قصص صوتية و تصميم الاعلام

بدعم من مؤسسة الصندوق الأفريقي للثقافة
بشراكة المرصد